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50 jours avec les flics des Pâquis

50 jours avec les flics des Pâquis

Photoreportage.

(Source : L’illustré / Article réalisé par : Yan Pauchard)

Après avoir sillonné la planète, le célèbre photographe italo-suisse Didier Ruef a suivi, durant cinquante jours, le quotidien du poste de police du quartier chaud de Genève. Une plongée dans un univers à la fois rude et fascinant.

Après de nombreux travaux à l’étranger, pourquoi être revenu dans la ville de votre enfance pour suivre le travail de la police?

Didier Ruef_PortraitCe travail trouve son origine dans un concours de circonstances. Je présentais mon dernier ouvrage au Salon du livre lorsque j’ai croisé par hasard un ami du collège, devenu inspecteur à la sûreté de Genève. Il m’a encouragé à venir suivre le quotidien des agents. L’idée a fait son chemin. Elle m’a séduit. Mon choix s’est porté sur le poste des Pâquis, d’une part parce qu’il est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, d’autre part parce que c’est un quartier particulier, celui de la nuit. J’ai obtenu l’accord de la cheffe de la police Monica Bonfanti. Je tiens à la remercier, car elle a osé me donner «carte blanche». Je n’ai eu aucune restriction.

Comment avez-vous été accueilli par les agents?

L’accueil a été excellent. Les policiers ont compris que j’avais envie de voir tous les aspects de leur métier. J’ai été intégré à des équipes et j’ai patrouillé avec elles. J’ai également découvert les longues heures d’attente, la lourdeur des procédures administratives, l’informatique obsolète…

A force de me voir, les agents ont fini par me lancer des vannes: «Encore là!» Ou: «Tu vas finir officier.»

Durant ce reportage, qu’est-ce qui vous a le plus frappé?

J’ai vécu à Genève jusqu’à mes 20 ans. J’avais gardé l’image d’une ville tranquille, où il ne se passait pas grand-chose. Aujourd’hui, le taux de criminalité et de microcriminalité a explosé. J’étais estomaqué de voir le nombre de gens débarquer au poste pour déclarer un vol ou une agression. Ce n’est pas encore Bogotá, mais j’ai été étonné par toute cette violence latente. Et j’ai plongé au cœur d’un monde inconnu.

Comment cela?

En accompagnant la police, qui est toujours appelée sur des situations difficiles, voire très difficiles, on voit la ville de manière totalement différente. On pénètre dans un univers fascinant, triste aussi. J’ai été surpris des ravages de l’alcool et de la violence conjugale. Dans ce quartier des Pâquis, la police s’occupe de toute une misère humaine qui vient s’y fracasser tous les soirs.

Y a-t-il eu des interventions plus marquantes que d’autres?

Ce qui m’a surtout marqué, c’est que dans neuf interventions sur dix, les policiers ne savent pas sur quoi ils vont tomber. Cela va de la vieille dame inquiète de la disparition de son mari atteint de la maladie d’Alzeihmer à ce jeune étudiant modèle en plein chagrin d’amour qui balance des grands coups de pied dans toutes les voitures de la rue, ou à ce sauvetage d’un petit chien abandonné sans eau ni nourriture sur un balcon par une prostituée toxicomane qui a quitté l’appartement depuis plusieurs jours. Il n’y a jamais de routine.

- DIDIER RUEF -

Né le 15 juillet 1961 à Genève, diplômé en économie à Genève (1984) et en photojournalisme à New York (1986), vivant au Tessin, il s’est fait notamment connaître grâce à plusieurs travaux menés à travers le monde liés à la relation de l’homme et des déchets.

> Lien direct sur l’article de L’illustré

> Lien sur le site de Didier Ruef

> Article du journal Le Temps sur le travail de Didier Ruef

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